280508
chronique birmane {épisode 9}


Les jacinthes d'eau y de règnent.







Les algues du lac servent d'engrais.





200508
chronique birmane {épisode 8}

Cher(e)s visiteurs(euses) comme vous le savez (ici, là, et ici, aussi là, ou encore ici, et pour finir là), j'ai découvert la Birmanie en avril juste avant Nargis et j'ai été conquise par ce pays. Depuis Nargis, j'ai "mal à la Birmanie". Il me tient à coeur de partager le témoignage de Melle K. recueilli par Laurence Crauste, expatriée à Yangon.
Depuis le passage du cyclone Nargis dans la nuit de vendredi 2 au samedi 3 mai, Melle K (27 ans), était sans nouvelles de sa mère (59 ans) résidente d’un petit village, T. situé dans le delta de l’Irrawady, une des zones les plus touchées par le cyclone Nargis.
Melle K, hébergée chez son oncle, employé d’un expatrié à Yangon, vécut le cyclone avec les autres membres du personnel et leur famille. Elle avait eu l’information de l’arrivée du cyclone mais personne ne réalisait ce que cela signifiait, car de mémoire de birman, aucun cyclone n’avait jamais atteint Yangon. Elle savait que la famille qui employait son oncle avait pris la précaution de verrouiller toutes les fenêtres de la maison, mais aucun d’entre eux n’en comprenaient l’utilité.
Ce n’est que plus tard dans la nuit qu’ils en comprirent l’intérêt. Lorsque les vents se déchaînèrent vers 3 heures du matin, un arbre s’abattit dans un effroyable fracas sur le toit en tôle de leur maison, ils furent si terrorisés qu’ils n’osèrent rester à l’intérieur de peur que la maison ne résiste pas et s’effondre sur eux. Ils restèrent tous ensemble sur la véranda toute la nuit, regardant les arbres tomber alentour et essayant comme ils pouvaient de s’abriter des pluies diluviennes qui commencèrent à s’abattre sur eux au lever du jour, attendant la fin de la tempête.
Comme leur maison était légèrement en contrebas, ils étaient relativement protégés du vent mais le danger était tout autour, provenant des immenses arbres de la propriété. La force des vents était telle qui leur était impossible de rejoindre la maison principale, pourtant située à vingt-cinq mètres de là. Seule la cuisinière, à neuf heures du matin, n’avait pas suivi les conseils des uns et des autres et avait décidé d’affronter les bourrasques de vent et les pluies diluviennes pour rejoindre la maison des employeurs. Vers midi, lorsque la tempête sembla s’être éloignée, elle sortit dans la ville et découvrit, comme tous les habitants de Yangon, l’ampleur de la destruction. Rien ne semblait avoir résisté : ni les toitures, ni les immenses arbres de la ville arrachés, tombés sur les toits des maisons ou en travers des avenues, ni les poteaux électriques en ciment, ni les énormes panneaux d’affichage publicitaire de la ville pourtant en métal, poteaux pliés, les feuilles d’aluminium envolées, les feux de circulation emmêlés dans un amas de fils et de feuillages. Aucune voiture ne pouvait circuler, tous circulaient à pied, hagards, choqués, ne reconnaissant plus les endroits pourtant familiers.
Lorsque Melle K apprit ce samedi-là par une amie que la zone du delta avait été encore plus touchée et qu’une vague avait submergée la zone, la peur que sa mère, habitante d’un de ces villages du delta n’ait pas survécu à cette catastrophe ne la quitta plus. Elle se rendit chez son frère, vérifia qu’il allait bien et celui-ci lui annonça son intention de partir immédiatement à la recherche de leur mère. Il se rendit à Bogole ayant entendu qu’il y avait là-bas beaucoup de réfugiés. Il y rencontra une connaissance qui l’informa que sa mère était dans le village de C. Il la retrouva là-bas et y passa la nuit avec elle, lui donna un peu d’argent et repartit à Yangon ne pouvant l’amener avec lui, car il lui était impossible de l’accueillir dans sa belle-famille. C’est ainsi que Melle K apprit le mardi que sa mère était vivante.
Dimanche 11, elle décida à son tour de rendre visite à sa mère mais son frère l’informa que leur mère était maintenant dans un monastère à M. Elle prit un bus et après deux heures de voyage, elle trouva vite le monastère gardé par l’armée. Les gardes lui demandèrent quelle était la personne recherchée et la laissèrent partir à la rencontre de sa mère. Elle la retrouva dans le grand hall qui abritait les réfugiés au nombre de 300 d’après elle. Nombre d’entre eux provenaient de son village mais aussi d’autres alentour. Sa mère était si contente de la retrouver qu’elle aurait même voulu que Melle K reste avec elle, se sentant seule au milieu de cette foule. Alors, cette dernière lui conta la nuit d’horreur du vendredi 2 mai et comment elle avait passé la première semaine d’après le drame.
Dans le village, personne n’était au courant de l’arrivée imminente du cyclone. C’est un petit village d’une soixantaine ou centaine de maisons en bois ou bambous aux toitures de tôles, peuplé de paysans et de pêcheurs, karen et birmans. Nul n’avait eu accès à l’information, passée tardivement vendredi soir à la télévision et à la radio, le village n’ayant pas d’installation électrique et personne n’y détenait de générateur qui aurait pu leur permettre d’avoir l’information. Aucune autorité locale n’était venue non plus les prévenir du danger imminent.
Aussi, lorsque les vents se déchaînèrent, arrachant les manguiers, pliant les cocotiers, détruisant les fragiles maisons de bois et de bambou, et surtout lorsqu’elle vit les eaux du fleuve grossirent à tel point qu’elle atteignait le niveau de leur poitrine, elle se réfugia comme tous les habitants vers l’église, convaincus qu’il ne leur restait plus qu’une seule chose à faire : prier pour demeurer en vie. Durant la nuit, l’église elle-même commença à être menacée, sur le point de s’effondrer à son tour, à tel point que le pasteur les invita à ne pas y rester. Et là commença la fuite éperdue de tout le village. Tous coururent dans la nuit, les vieux, les adultes, les jeunes, les enfants. Certains étaient emportés par les flots et personne ne pouvait leur porter secours, d’autres s’accrochaient aux arbres et s’y attachèrent comme ils purent et y passèrent la nuit. La soif les tenant, ils burent ce qu’ils avaient sous la main : les noix de coco des arbres arrachés. Le lendemain matin, ils retournèrent chez le pasteur et y restèrent 2 jours, l’eau s’étant retirée. Ils comptèrent leurs morts, 70.
Puis, des jeunes du village voisin, moins touché car surélevé, vinrent en pirogue leur porter secours leur apportant de l’eau potable et les invitèrent à se réfugier dans leur village leur expliquant qu’il leur serait trop difficile de leur porter de l’aide chaque jour. Ils les ramenèrent donc dans leur village, C.. Mme P y reçut la visite de son fils et décida, après son départ, avec d’autres villageois de retourner voir sa maison et son village mais croisa sur son chemin des militaires. Ils les dissuadèrent de retourner à leur village détruit et l’amenèrent à la bourgade voisine de Bogole ainsi que ses compagnons. Arrivés à Bogole, la pagode accueillait déjà tant de réfugiés qu’ils les conduisirent finalement dans un monastère d’un autre village du township, M. . Elle y retrouva d’autres habitants de son village mais aussi d’autres alentour. Les militaires leur expliquèrent qu’ils resteraient quinze jours au maximum, qu’ils leur donneraient à manger et prendraient soin d’eux le temps que la situation s’améliore.
Malheureusement, Mme P n’eut pas droit à la distribution de couverture ou de biscuits locaux réservés aux familles. Elle reçut une bouteille de un litre d’eau purifiée. Les familles reçurent elles-aussi une bouteille quelque soit le nombre de personnes dans la famille. Les bouteilles furent vite finies et l’armée mit à leur libre disposition de grosses bouteilles où chacun pouvait aller se servir. Elle eut également une ration de riz cuit, préparé par l’armée. Elle raconta à sa fille comment sous l’œil des caméras officielles, chargées de montrer le contrôle de la situation par l’armée, les réfugiés du monastère se virent distribuer des biscuits étrangers, des couvertures, des moustiquaires mais qui leur furent aussitôt repris dès les caméras parties. Les biscuits étrangers leur furent alors échangés contre des biscuits locaux.
Son ventre était gonflé et Mme P. souffrait de diarrhée, et lorsqu’elle demanda des médicaments, les militaires lui donnèrent du paracétamol. De même à un vieux monsieur qui souffrait d’une vilaine plaie au pied. Celui-ci cependant, sur l’insistance des réfugiés qui demandaient aux militaires de le soigner, reçut une soupe instantanée qu’il dut manger déshydratée n’ayant pas d’eau chaude pour la préparer. Sa plaie s’infectant de plus en plus, il fut finalement transféré sur Yangon.
De riches familles birmanes leur firent dons de vêtements, apportèrent de la nourriture (viande, poisson, pommes de terre…) et les militaires les informèrent que ces repas provenaient de dons de riches familles birmanes. Une association de femmes birmanes leur apporta du savon, de la lessive, des brosses à dent, des gobelets et leur expliqua l’importance de bien se laver les mains. Les conditions d’hygiène, latrines, douches semblent satisfaisantes selon Melle K. Elle remit à sa mère ce qu’elle lui avait apporté : des vêtements, des sels de réhydratation, une couverture et repartit à Yangon le soir même.
Le mardi 13 mai, soit deux jours après le dimanche 11, où l’aide internationale commença à être débloquée à Yangon, Melle K revint voir sa mère, lui apportant cette fois une moustiquaire étrangère, des soupes instantanées et des médicaments. Interrogée sur l’arrivée d’aide internationale et sur l’amélioration de leurs conditions de vie, Melle K indiqua que, dans ce monastère, rien n’était parvenu de l’étranger si ce n’est les dons filmés et repris dès les caméras parties. Sa mère lui rapporta que les militaires leur avaient parlé de dons de chocolat japonais mais qui ne leur fut pas distribué. Elle-même vit les militaires se servir dans les dons de vêtements reçus de l’étranger sans qu’ils ne les distribuent ensuite. Les seuls réfugiés équipés de moustiquaires l’ont été par des dons de leur famille ou cousins. Les réfugiés sont libres de leur mouvement, pouvant acheter des médicaments dans le village mais pas de nourriture, les épiceries du village n’étant manifestement pas approvisionnées.
Au niveau des améliorations, elle rapporte qu’il y a maintenant une infirmière à la pagode mais qui n’a que du paracétamol à distribuer. La qualité des repas se serait nettement améliorée depuis que les militaires ont confié le soin de faire la cuisine à des villageois de M.
Aux réfugiés qui envisageaient de rentrer chez eux, il fut expliqué que les maisons communes que l’armée se charge de construire pour eux n’étaient pas prêtes et qu’il valait mieux qu’ils restent jusqu’à ce qu’elles soient finies. Aucune date de finition ne leur a été communiquée. Melle K rentra chez elle à Yangon, promettant à sa mère de revenir bientôt.
Laurence Crauste



170508
chronique birmane {épisode 7}


060508
chronique birmane {épisode 6}





040508
chronique birmane {épisode 5}

Pagode Shwedagon, cérémonie d'ordination, Yangon

Monastère Shweyanpyay, Nyaungshwe



010508
sieste

Dans son diable, entre deux livraisons (Bangkok).

Au pied d'un arbre (Yangoon).

Dans une feuille de bananier (Yangoon) ou à dos d'éléphant (Ayutthaya) !

Devant un ascenseur dans un temple (Yangoon).
250408
chronique birmane {épisode 4}




240408
chronique birmane {épisode 3}


220408
chronique birmane {épisode 2}


Bois de santal

Jeune fille sur un marché préparant du Tanaka










Mixture vendue au marché : eau bouillie + camomille + jus de citron + écorce de tuile trempée



210408
chronique birmane {épisode 1}


Je vous remercie pour les gentils mots déposés en mon absence.